Tourisme: avec ses ambitions de croissance, l’Afrique en pleine mutation
TV5 Monde : Entretien avec le Ministre Alpha THIAM
Tourisme: avec ses ambitions de croissance, l’Afrique en pleine mutation
Du Bénin au Sénégal, le potentiel touristique est immense, mais encore sous-exploité. Comment mieux former, attirer davantage de visiteurs et faire du secteur un moteur économique? La journaliste de TV5 Monde Nidhya Paliakara s’entretient avec le Ministre sénégalais de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, Monsieur Alpha THIAM.
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TV5 : Vous êtes à Paris dans le cadre du Salon de Tourisme IFTM, International French Travel Market. Alors, on vient de le voir au Bénin, les hôtels haut de gamme se développent plus vite que la formation du personnel ; est-ce aujourd’hui là l’un des grands freins du développement touristique africain ?
Monsieur Alpha THIAM : Résolument, il faut un investissement massif si véritablement nous voulons que le tourisme puisse atteindre des chiffres records et à faire aujourd’hui de l’industrie des moteurs de la croissance, c’est le chemin qu’a emprunté le Président de la République Son Excellence Bassirou Diomaye Diakhar FAYE qui, pour lui, le Tourisme, l’Artisanat également la Culture sont trois leviers qui doivent être les moteurs du rayonnement et de l’attractivité du Sénégal et de son positionnement.
TV5 : Quels sont ces trois leviers ?
Monsieur Alpha THIAM : Alors, on a parlé du rayonnement de notre artisanat : faire de l’artisanat un des moteurs de la croissance, le deuxième levier, c’est de regarder le secteur culturel et de dire quel est le positionnement de notre identité culturelle ; comment on travaille, sur la base de la Culture, à développer des industries nouvelles, des chaînes de valeur faire de sorte que la Culture puisse être le motif, puisse être le prétexte pour que des voyageurs puissent venir. Donc sur ça, on a un calendrier annuel 52 semaines, 52 spectacles, 52 dates au niveau du Sénégal. Le Sénégal est réputé quand même sur l’aspect culturel avec la Biennale d’art contemporain qui se tient juste après les JOJ, c’est un moment fort ; les Blues de Saint-Louis, c’est un moment fort ; le Festival de Jazz de Saint-Louis également c’est un autre moment fort. Il y a des dates comme ça sur le calendrier culturel qui font que Dakar reste cette exception culturelle, ce havre de paix où il fait bon de venir.
TV5 : Le Sénégal a longtemps été l’une des grandes destinations touristiques du continent on le sait d’Afrique de l’ouest avec cette expérience Téranga ; mais on a le sentiment qu’il a perdu un petit peu de sa superbe. Comment l’expliquez-vous ? Quelles sont les raisons à cela ?
Monsieur Alpha THIAM : Alors, si on part quelques années derrière, on a tous subi le choc COVID. Il a révélé une certaine réalité : l’Afrique commerce avec l’Afrique. On a vu que le tourisme interafricain a pris un tout petit peu de l’élan ; ça a permis de nous retrouver sur nous-mêmes, de faire un arrêt sur image, de nous reposer des questions et de dire que le tourisme doit se développer d’abord et avant tout par les Africains, par les Sénégalais, si on parle du cas du Sénégal. Donc, il y a eu une renaissance en tout cas du tourisme endogène, du tourisme local qui a fait qu’on a retrouvé du bush, on a cru un peu plus à nos ressorts et on s’est dit oui c’est possible. Il faut se rappeler que lors du COVID, personne ne venait. C’était fermé. Il y a eu de l’accompagnement du secteur étatique ; mais au-delà de cet accompagnement-là on s’est rendu compte qu’il y avait une classe africaine quand même suffisamment montée qui est très appétente par rapport à ce marché et à l’industrie touristique. Et on a pu sauver les hôtels, on n’a pas compté sur l’Europe, sur les États-Unis, etc. L’Afrique a compté sur elle-même pour booster son propre secteur touristique. Maintenant, il y a tout un travail qui a été fait. J’avoue qu’il y a un petit ralenti, on avait dormi un peu sur nos lauriers mais le Sénégal est bien de retour sur le tourisme mondial. J’en veux pour preuve si vous voulez y revenir, en 2026, on a noté l’accroissement de 18% du taux de voyageurs qui sont venus au Sénégal.
TV5 : Et combien sont-ils aujourd’hui ?
Monsieur Alpha THIAM : Aujourd’hui, ça tourne entre 2 et 2,2 millions de voyageurs. Ce sont des chiffres qui varient souvent selon les différentes sources, mais c’est autour de 2 millions de voyageurs. Alors, la projection c’est de se dire que d’ici 2030, nous ambitionnons, avec le nouveau Plan stratégique de développement du tourisme, d’atteindre la barre des 3 millions voire la dépasser et on sait que c’est possible vu les atouts, le potentiel inexploité dont regorge le Sénégal sur le plan touristique. Alors quelque chose qu’il faut saluer c’est de prendre tout un travail qui a été fait par le Gouvernement pour faire renaître une station balnéaire comme Saly (dans le département de Mbour) ; ce qui explique le rebond. Ça s’est fait en silence, pas trop de tintamarre, pas trop de vacarme mais on a vu quand même la renaissance d’une station balnéaire comme Saly qui a été lancée dans les années 80 et ouvert vers 1984 par le Président Abdou DIOUF. Saly, c’est pratiquement 325.000 hectares de remblayages, c’est-à-dire de plages rechargées. On a fait vraiment un effort massif et extrêmement coûteux. Il y a eu l’appui de la Banque mondiale, de l’Apix (l’Agence pour la promotion des investissements et des grands travaux) ; mais un travail a été fait si quelqu’un venait à Saly il y avait presque plus de plage, il y a peut-être cinq ans derrière. Donc en revenant aujourd’hui on voit que les plages ont été recréées et ce travail quand même a payé.
TV5 : Monsieur le Ministre vous parlez tout à l’heure du tourisme intra africain et j’ai regardé le prix d’un billet Dakar-Kinshasa par exemple ce n’est pas moins de 1200€ (soit 787.000 FCFA) ; alors est-ce qu’on peut vraiment parler sérieusement de tourisme intra africain alors que les prix sont aussi élevés et aussi ce manque de liaison direct entre les capitales africaines ?
Monsieur Alpha THIAM : Absolument, vous avez tout à fait raison. C’est un des défis majeurs qu’a le continent. Qu’est-ce qu’on peut faire et qu’est ce que nous allons faire sur les prochains mois sur les prochaines années. Je pense que cela ne va plus durer. Il y a des négociations … comme notre présence à ce Salon Top Resa se justifie où on échange énormément avec les tours opérateurs, où on échange directement avec les compagnies aériennes. Je ne veux pas les citer, mais les lowcosters aujourd’hui ont plain-pied en Afrique. Le travail à faire, c’est de les implémenter, qu’ils fassent des bases et que nous puissions avoir des tarifs largement plus compétitifs ; sinon on nous dira toujours vous êtes un peu plus cher que la norme. Et évidemment, il y a ce travail à faire et nos gouvernements en tout cas ont hâte de réaliser des prouesses sur ce plan-là également.
TV5 : D’ailleurs, quel est le type de clientèle que vous comptez attirer : populaire ou alors il y a haut de gamme ?
Monsieur Alpha THIAM : On joue sur les deux tableaux ; on ne peut pas rester uniquement sur le populaire et ignorer toute une rangée ou toute une offre aujourd’hui qui se développe à une vitesse folle. Dakar va construire des marinas ; accueillir des compétitions de voiliers et d’autres types de compétition à l’image des Jeux Olympiques de la Jeunesse. Vous vous rendez compte si vous êtes sur les JOJ, vous accueillez plus de 2700 athlètes ; donc c’est un effort qui a été fait en termes d’infrastructures, un effort qui a été fait sur les routes, les hôtels, le classement des hôtels, les référencements, le marketing, etc. Et aujourd’hui, je pense c’est une marque pays Sénégal, c’est ce brand qui fait que le Comité olympique fait confiance au Sénégal. A ce propos, on dit c’est l’Afrique qui accueille parce que c’est une première pour l’Afrique et c’est Dakar qui célèbre.





